Fiches de films - Répliques
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Sleepers
Lorenzo [adulte, voix off] : Ceci est l'histoire vraie d'une amitié scellée par un lien plus fort que le sang. C'est mon histoire et celle des trois seuls amis qui aient jamais compté pour moi. Deux d'entre eux étaient des tueurs, ils sont morts avant d'avoir trente ans. Le troisième est un avocat qui n'exerce pas, qui vit dans ses souffrances passées ayant trop peur d'y renoncer mais sans pouvoir en affronter l'horreur. Je suis le seul qui puisse parler en leur nom. Au nom des enfants que nous étions.
Lorenzo [adulte, voix off] : Mes trois copains et moi étions inséparables, parfaitement heureux de vivre dans l'univers clos de la cuisine du diable. Les rues du West Side de Manhattan étaient notre terrain de jeu. Royaume de béton, dans lequel on ne sentait rien de moins que les maîtres du monde. La cuisine du diable était peuplée d'un mélange hétéroclite, d'ouvriers irlandais, italiens, porto ricains ou encore d'Europe de l'est. Des gens durs, menant une vie dure. On habitait des logements tout en longueur dans des immeubles en briques rouges. Peu de mères travaillaient et toutes avaient des problèmes avec leurs maris.
La mère de Lorenzo : Arrêteeeeeeee!!!!!
Le père de Lorenzo : Maintenant tu t'assois et tu la fermes. J'ai enterré une femme, je suis prêt pour la suivante!
Lorenzo [adulte, voix off] : La violence domestique était une industrie familiale dans la cuisine du diable. Il n'y avait pourtant aucun divorce et de rares séparations. La volonté de l'église était puissante. En général, seule la mort défaisait les mariages. Pourtant malgré les rigueurs de la vie, la cuisine du diable fournissait aux gamins un filet de sécurité comme il n'en existait que dans peu d'autres quartiers. Les crimes contre les gens du quartier n'étaient pas permis. S'il s'en commettait quand même le châtiment était sévère; et dans certains cas définitif. Un trafiquant de drogue venu d'un autre quartier avait introduit de l'héroïne dans la cuisine, un sachet tua le fils âgé de 12 ans d'un truand portoricain spécialisé dans les loteries. Ce fut le dernier sachet de la carrière du dealer. Dans la cuisine du diable, l'innocence était protégée par la corruption.
Lorenzo [adulte, voix off] : John et moi passions plus de temps à l'église que les autres. Nous sommes les seuls de la bande a avoir envisagé de devenir prêtre. Le pouvoir dont jouissait les prêtres nous intriguait. Un univers secret de trahison, de mensonge, où les gens avouaient ouvertement de sombres méfaits, et d'ignobles indiscrétions. La confession valait largement tous les bouquins, ou tous les films du monde, parce que les péchés étaient vrais, et commis par des gens que nous connaissions. La tentation d'entrer dans cet univers était irrésistible.
John : Si on se fait choper, il nous tue.
Lorenzo : Tu vois pas que nos mères soient là ? Imagine un peu qu'elles viennent se confesser à nous...
John : Ouais, on peut entendre pire.
Lorenzo : Quoi ? Vas-y...
John : Un meurtre. Supposes qu'un mec nous confesse un meurtre ?
Lorenzo : Mais non, il suffit de rester là sans bouger, d'écouter et de pas se marrer. Attention aux fous rires.
John [en entrant dans le confessionnal]: Magne toi !
[Quelques secondes plus tard, notre confessionnal s'anime.]
La femme : Je... couche avec des hommes mariés. Des pères de famille. Le lendemain matin, je me dis c'est fini, c'est la dernière fois. Ce n'est jamais vrai
Lorenzo : ...Oui...
La femme : Je suis... très embêtée. Je suis enceinte.
Lorenzo : Et.. Qui est le père ?
La femme : oh, allez savoir.
Lorenzo : Quelles sont vos intentions ?
La femme : Je sais ce que vous voulez que je fasse. Je sais ce qu'il faudrait que je fasse moi aussi. J'ai aucunes idées de la solution que je vais choisir. Bon il faut que je file. Merci d'avoir écouté les mecs, vous êtes très gentils je suis sûre que vous le garderez pour vous.
Père Bobby : Alors ça t'dirais d'devenir prêtre il paraît ?
Lorenzo : Et d'où ça sort ça ?
Père Bobby : On m'a raconté que tu cherchais à te familiariser avec le confessionnal...
Lorenzo : J'vois vraiment pas de quoi vous parlez...
Lorenzo [adulte, voix off] : De nous quatre Michaël était sexuellement le plus expérimenté, c'est à dire qu'il avait embrassé une fille plus d'une fois.
[ils espionnent des patineuses à moitié nues en train de s'habiller]
John : Eh Carole tu veux regarder aussi ?
Carole : C'est ça comme si je savais pas ce que c'était...
John : Oh ouais... t'as du pot...
[Un mec chez le coiffeur parle de King Benny]
Gars : Etant gosse paraît qu'il cassait pas trois pattes à un canard. Il se faisait toujours casse la gueule quand y avait de la bagarre. Et puis un jour, va savoir pourquoi exactement, un irlandais, un mec de 20-25 ans, il attrape King Benny, et il le balance du haut d'un escalier. King Benny, putain, ça lui casse toutes ses dents du devant. Tu sais ce qu'il a fait alors ? Il a patienté. Huit ans il a attendu avant de coincer ce merdeux. Un jour il entre dans des bains-douches, le mec était dans son bain, King Benny enlève ses dents de devant, il les pose sur le lavabo, alors il se retourne vers le gars et il lui dit : "Le matin quand le me rase, c'est ta gueule que je vois.", puis il brandit un flingue, et il tire sur le gars, deux balles dans chaque jambe : "BANG BANG. BANG BANG", et il dit à l'irlandais : "Quand tu prendras ton bain le soir, tu verras la mienne". On n'est plus jamais venu l'emmerder après ça. La vengeance.... La vengeance.
Mike : On s'est pas fait le vendeur de hot-dog depuis une paye.
Tommy : Je le sens pas moi, Michaël, ce mec-là il est pas comme les autres, c'est le mec que ça fait vraiment chier. Tu l'arnaques, putain le mec il est pas bien.
Mike : Soit c'est des hot dog, soit c'est rien. Choisissez.
[Moment de réflexion]
Tommy : Rien c'est peut-être moins risqué, Mike.
John : Ouais, on va pas faire couler le sang pour des hot dog.
Lorenzo [adulte, voix off] : L'arnaque était simple, je devais m'approcher du marchand de hot dog, et lui passer ma commande. Ensuite, une fois qu'il m'aurait donné mon hot dog, je partirais en courant sans payer laissant au marchant deux choix, pas plus séduisant l'un que l'autre : soit garder son territoire et digérer sa perte, soit se lancer à ma poursuite. En choisissant la deuxième solution il abandonne son chariot et les copains se régalent en son absence.
Lorenzo : Eh les mecs c'est la bouffe que vous deviez faucher, pas la carriole.
John : Eh fallait le dire avant.
Mike : J'ai une idée. Magnez-vous.
Lorenzo [adulte, voix off] : L'idée en question était aussi simple et aussi bête que tout ce que nous avions fait jusque là. Nous devions maintenir le chariot sur la première marche de l'escalier, en déséquilibre, et attendre le marchand. Nous devions tout lâcher dès qu'il poserait la main sur le chariot et quitter les lieux pendant qu'ils s'escrimerait à remonter son engin sur le trottoir. Aujourd'hui encore je comprends pas pourquoi on a fait ça. Mais nous allions tous le payer. Il a suffit d'une minute, mais pendant cette minute tout a basculé.
Lorenzo [adulte, voix off] : Jamais nous n'avions considéré le marchand ambulant comme un homme, pas comme nous considérions ceux du quartier. Nous nous souciions trop peu de lui pour lui accorder le moindre respect. Nous n'avions jamais réfléchi qu'il travaillait dur, qu'il avait une femme et deux enfants en Grèce qu'il espérait faire venir ici avec lui. Nous n'avions tenu aucun compte de ses longues journées de travail, nous n'avions rien vu de cela, nous n'avions vu qu'un repas gratuit.
[Il y a eu une bagarre à la cantine et le plateau de Mike est renversé par terre]
Knox : Vous n'avez rien appris depuis que vous êtes ici hein... Décidément vous êtes toujours aussi cons que quand vous êtes arrivés. Allons. Tout le monde retourne à sa place, asseyez vous et finissez de bouffer. Allez, plus vite que ça. Assis dépêchons nous. Allez... Allez, allez.
Le bagarreur : C'est valable pour moi aussi?
Knox : Non non, pas toi, toi tu vas dans ta cellule, t'as fini de déjeuner. Allez, dégage.
Knox [En s'adressant aux 4 amis] : Alors, les cuisiniers du diable, vous avez eu votre déjeuner?
Mike : Moi je l'ai senti mais c'est tout.
Knox [rire jaune]: Ahahahah, c'qu'il est marrant. J'l'ai senti, elle est bonne.
[Mike s'éloigne]
Knox : Ohohoh, où tu vas ?
Mike : Vous nous l'avez dit : déjeuner.
Knox : Non c'est pas la peine de repartir chercher un plateau je crois qu'il y a bien assez à bouffer là où vous êtes. Vous le sentez pas ?
Mike [en regardant la nourriture à ses pieds] : J'ai pas très faim.
Knox : J'en ai rien à foutre moi que t'ai faim ou pas. Mange, parce que c'est moi qui te le dis.
Mike : J'ai toujours pas très faim.
[Knox le frappe et le fait tomber]
Knox : C'est moi qui décide si t'as faim ou pas. Mange je te dis.
Lorenzo [adulte, voix off] : De nombreux détenus qui jouaient les durs pendant la journée s'endormaient souvent le soir en pleurant. Il y avait d'autres pleurs, différents, exprimant autre chose que la peur ou la solitude. Ils étaient moins forts, étouffés, c'étaient des sons de douleur et d'angoisse. Ces pleurs là changent le cours d'une vie, si on les entend une seule fois ils se gravent dans la mémoire à jamais. Cette nuit-là les pleurs étaient ceux de John. Parce que Ralph Fergusson était passé le voir.
Lorenzo [adulte, voix off] : Alcoolique et cocaïnomane il avait la colère facile et la gâchette encore plus.
Mike [adulte] : Nous avons quatre témoins ayant vu l'assassinat, disposés à venir témoigner, ça fait trop de monde.
Lorenzo [adulte] : J'en parlerai à King Benny.
Mike [adulte] : Bon, je m'en tirerais avec deux mais... faut nous en trouver un pour la défense.
Lorenzo [adulte] : Trouver un quoi ?
Mike [adulte] : Un témoin qui viendra témoigner que Tommy et John étaient ailleurs à ce moment-là. Un témoin incontestable.
Lorenzo [adulte] : Et comment ça s'appelle déjà ?
Mike [adulte] : Les juges disent faux-témoignage.
Lorenzo [adulte] : Ouais. Et nous comment on appelle ça ?
Mike [adulte] : Un petit service.
King Benny [s'adressant à un homme de main] : Va chercher Dany Snyder et amène-le moi.
Tony : Dany Snyder l'avocat ?
King Benny : T'en connais plusieurs, toi, des Dany Snyder ?
Tony : Non King.
King Benny : Amène-moi celui que tu connais.
Le Gros : Jésus, Marie, Joseph, mais c'est pas vrai t'as vu le merdier où on se fout ? Vous avez un avocat alcolo pour la défense, un jeunot qui joue les procureurs, un livreur de journaux de mes deux qui se prend pour Dick Tracy. Y a la bagatelle de quatre témoins qui ont tout vu, et puis en plus de ça les deux accusés ont tué plus de monde que le cancer. Cet enfoiré de Général Custer aurait eu plus de chance de se faire gracier.
Le Gros : Tu veux une Rolls ? Tu viens pas ici, non non non. Tu vas en Angleterre ou là où on les fait enfin j'en sais foutre rien. Tu veux du champagne ? Tu vas voir les français. T'as besoin de fric ? Tu cherches un juif. Mais si jamais tu veux de la merde, ou une saloperie enterrée sous un rocher, ou un secret que personne ne veut dévoiler, alors une seule adresse, ici, dans la cuisine du diable, on est le bureau des merdes trouvées. Perdues ailleurs et retrouvées ici.
Lorenzo : John et Tommy soupçonnent une magouille, ils savent pas d'où ça vient.
Le Gros : Un espagnol habitera à la Maison Blanche avant que ça pénètre leur cerveau ramolli.












