Fiches de films - Répliques
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Le Juge et l'assassin
Bonne soeur : Je prierai pour vous, Monsieur Bouvier.
Bouvier : Après tout, vous n'avez rien d'autre à faire.
[Dans une église]
Bouvier : Pourquoi vous me gardez pas ? J'tiendrais l'harmonium, je serais domestique. Pas pour les gros travaux, à cause du soleil... me fait mal à la tête. Je suis comme un homme saoul.
Curé : Je vous ai dit que ce n'était pas possible.
Bouvier : Je suis resté deux ans ici, on a pas eu à se plaindre de moi. J'ai porté la robe, j'ai même fait la classe à Villegenet
Curé : Jamais de la vie, après ce qu'il s'est passé !
Bouvier : Vous me devez bien ça ! C'est chez vous que j'ai attrapé ces sales idées noires !
Curé : Silence, Bouvier !
Bouvier : Mais le Bon Dieu, il le sait bien que j'ai été violé, ici, quand j'avais 16 ans ! Dis-le, que Tu le sais ! Dis-le ! Il répond pas ! Il est peut-être pas là ! Il est pas là, ça m'étonnerait pas.
Rousseau : L'assassin court encore.
Villedieu : Vous savez, le nombre d'assassins en train de courir est immense.
Rousseau : Oui, mais celui-là a de longues jambes, monsieur le Procureur.
Mme Rousseau : Le 14 décembre 95, un jeune garçon, éventration, sodomie probable.
Rousseau : Un instant, Maman. On a trouvé près du corps de la jeune victime un papier sur lequel étaient notées ces quatre lettres : M.A.R.C., Marc. Les gendarmes n'ont rien trouvé de mieux que d'arrêter un ancien lutteur de foire, nommé Marseille. Vous voyez pourquoi ?
Villedieu : Ma foi, non.
Rousseau : Ils ont dit que c'était les 4 premières lettres du mot "Marseille"... Et ce n'est pas tout, je n'invente rien, ils avaient trouvé sur sa veste des traces d'éclaboussures de chair humaine. C'était de la morue !
Villedieu : Ils l'ont donc relâché.
Rousseau : Après 6 mois d'internement dans un asile d'aliénés.
Mme Rousseau : 13 mars 96, une bergère éventrée près de Lourdes. Oh mon Dieu...
Villedieu : C'est pire que les autres ?
Mme Rousseau : Non, mais... près de Lourdes...
Villedieu : Je viens de lire chez un auteur qui n'est pas de nos amis...
Rousseau : Zola !
Villedieu : Non, Mirbeau.
Rousseau : Ça ne vaut guère mieux.
Villedieu : Il dit des choses très intéressantes sur la notion de meurtre. Il dit que nous sommes tous des meurtriers, du moins en puissance. Et ce besoin de meurtre, nous le canalisons par des moyens légaux : l'industrie, le commerce colonial, la guerre, l'antisémitisme... Moi j'ai choisi l'antisémitisme. D'abord parce que ce n'est pas dangereux, c'est à la mode, et puis c'est béni par l'église.
[Les gendarmes sont à la recherche de Bouvier, avec en leur possession un portrait-robot]
Gendarme [à Bouvier] : Vous n'auriez pas vu un homme comme vous, sergent ?
Bouvier :
Sans doute, mon amour, on n’a pas eu de chance
Il y avait la guerre et nous avions vingt ans
L’hiver de 70 fut hiver de souffrance
Et pire est la misère en ce nouveau printemps...
Les lilas vont fleurir les hauteurs de Belleville
Les versants de la Butte et le Bois de Meudon...
Nous irons les cueillir en des temps plus faciles...
La Commune est en lutte
Et demain, nous vaincrons...
Villedieu : C'est un héros de l'Algérie. Oui, il a enterré jusqu'au cou une centaine d'arabes qu'on a arrosé jusqu'à ce que leur tête éclate. Charmant.
Bouvier : Les idées ne sont jamais trop fixes quand elles sont droites.
Rousseau : Fou, lui ?
Mme Rousseau : C'est tout de même un détraqué...
Rousseau : Un détraqué, oui, et même vicieux jusqu'à la moëlle. Pédéraste, ignoble, sadique. Mais pas fou.
Villedieu : L'Assommoir... On lit Zola dans l'armée ?
Soldat : C'est pas pour lire, c'est pour brûler. On va faire un grand feu dans la cour de la caserne avec tous les livres de Zola que les gens ne veulent plus garder chez eux. À 16 heures, vous pouvez y venir, le Colonel y sera.
Villedieu : Nous irons peut-être. Les distractions sont si rares dans l'Ardèche.
Villedieu : C'qui m'embête, moi, c'est votre squelette dans le puits. Bouvier sort de l'asile un 1er avril, 40 jours plus tard, il tue, c'est trop tôt. Si on l'avait arrêté, on l'aurait ramené à l'asile.
Rousseau : C'est possible.
Villedieu : Mais si le premier crime peut être mis au compte de la folie, pourquoi pas les 11 autres ? A moins d'admettre que l'état de santé de Bouvier ne se soit amélioré progressivement au fur et à mesure qu'il assassinait...
Villedieu : Bouvier appartient au vagabondage, au désordre, à l'anarchie. C'est un destructeur, il faut l'éliminer, comme Dreyfus. [Plus bas] Il est peut être innocent, Dreyfus...
Rousseau : Ça m'étonnerait.
Villedieu : De toute manière, ça n'a aucune importance. Et comme le dit Maurras, il faut tromper ses chefs, ses amis, ses collègues, ses concitoyens quand c'est pour le bien et l'honneur de tous.
Villedieu : Emile, il faut continuer à se servir de la presse, elle vous suit. Les journaux cléricaux parce que Bouvier est anarchiste. Les anticléricaux parce qu'il est dévot. Quand à ceux qui soutenaient la folie, ils ont miraculeusement changé d'avis : leurs tirages baissaient de moitié.
Rousseau : Ce que vous me suggérez, Monsieur de Villedieu, c'est d'intimider l'opinion. Et le secret de l'instruction, dans tout ça ?
Villedieu : Vous avez mis le public en appétit. Il ne faut pas le priver de la mise à mort.
Le Chanteur de Rue :
La Complainte de Bouvier l'éventreur.
Petit berger, jolie bergère,
Innocents joueurs de pipeau
Quand vos moutons se désaltèrent
A l'onde claire d'un ruisseau
Dans les roseaux, dans les fougères,
Vous redoutez de voir le loup
Ravir un agneau tout à coup
Et l'emporter dans sa tanière.
Mais il est de plus grands dangers
Auxquels vous n'avez pas songé !
Il existe des bêtes pires
Que le tigre altéré de sang
Plus funestes que le vampire
Et plus traitres que le serpent.
Ce sont les fous qui violentent
Et signent leur acte pervers
En taillant à même la chair
De leurs victimes innocentes.
C'est au comble de cette horreur
Que parvint Bouvier l'éventreur !
Bouvier est bien de cette engeance
De trimardeurs, de cheminaux
Mendiant le gîte et la pitance
Anarchistes et marginaux.
A la moisson et aux vendanges,
On le voit hanter les hameaux
Cachant toujours sous son chapeau
Son regard aux lueurs étranges.
Il paraît pourtant bon garçon
Quand il joue de l'accordéon.
Il fit ainsi un long périple
Revenant parfois sur ses pas
Commettant des crimes multiples
Jusqu'au jour où on l'arrêta.
Alors il dit qu'en sa jeunesse
Un chien enragé l'a mordu
Et qu'un médicament a dû
Mettre son esprit en faiblesse...
Par surcroit cet être odieux
Se prétend inspiré par Dieu !
Pour que ma Complainte finisse,
J'attends l'issue du jugement.
Dans notre pays, la justice
Ne se trompe que rarement.
Donc bonnes gens, faites confiance
Aux enquêteurs, aux magistrats
Au tribunal qui jugera
Celui qui fit trembler la France.
En attendant que les geôliers
Veillent nuit et jour sur Bouvier !
Rousseau : Pourvu qu'ils ne le croient pas fou.
Villedieu : C'est un pauvre. Il n'a aucune chance.
Villedieu : En Cochinchine, les jardins sont des poèmes. Les roses y portent des noms admirables. "Le ciel et la mort ont la même couleur." Pardonnez-moi : "Ouvre tendrement tes cuisses et que le plaisir t'emporte." Non, mais vous imaginez un jardinier français offrant au Président de la République une rose qui s'appellerait "Ouvre tendrement tes cuisses" ?
Mme Rousseau : Ce sont peut-être des roses qu'on n'offre pas aux hommes.
Villedieu : Et pourquoi pas ?
Psychiatre : A présent je suis formel. Bouvier joue la folie parce qu'il a peur de la guillotine.
Villedieu : Et pourquoi un fou n'aurait-il pas peur de la guillotine ? Un fou a peur du feu, il ne veut pas se brûler. Il rejette son potage parce qu'il est chaud. Il ne veut pas souffrir, il ne veut pas mourir. Non, je pense que votre portrait du fou est un peu incomplet, il demande quelques retouches. Et avec ces retouches, Bouvier serait un fou très ressemblant.
Les Ouvriers :
Sans doute, mon amour, on n’a pas eu de chance
Il y avait la guerre et nous avions vingt ans
L’hiver de 70 fut hiver de souffrance
Et pire est la misère en ce nouveau printemps...
Les lilas vont fleurir les hauteurs de Belleville
Les versants de la Butte
Et le Bois de Meudon...
Nous irons les cueillir en des temps plus faciles...
La Commune est en lutte
Et demain, nous vaincrons...
Nous avons entendu la voix des camarades :
"Les Versaillais infâmes approchent de Paris..."
Tu m’as dit : "Avec toi, je vais aux barricades
La place d’une femme est près de son mari..."
Rose : Les soldats avec nous !
Ouvriers : Les soldats, avec nous ! Les soldats avec nous !
Soldat : En joue...
Le chanteur de rue :
Quand le premier de nous est tombé sur les pierres
En dernière culbute
Une balle en plein front
Sur lui, tu t’es penchée pour fermer ses paupières...
La Commune est en lutte
Et demain, nous vaincrons...
Ouvriers, paysans, unissons nos colères
Malheur à qui nous vole en nous avilissant...
Nous voulons le respect et de justes salaires
Et le seuil des écoles ouvert à nos enfants...
Nos parents ne savaient ni lire ni écrire
On les traitait de brutes
Ils acceptaient l’affront...
L’Égalité, la vraie, est à qui la désire...
La Commune est en lutte
Et demain, nous vaincrons...
Les valets des tyrans étaient en plus grand nombre
Il a fallu nous rendre, on va nous fusiller
Mais notre cri d’espoir qui va jaillir de l’ombre
Le monde va l’entendre et ne plus l’oublier...




